UGA en commun

Vœux à l’UGA : discours sur la liberté et pratiques autoritaires


« Aveuglement, indifférence, mépris, volonté de soumettre sans écouter, c’est ce que vit aujourd’hui ma communauté.» Les mots d’Anne Fraïsse Présidente de l’Université de Montpellier Paul-Valéry reflète exactement ce que nous vivons à l’UGA depuis la réélection de Yassine Lakhnech à la présidence de notre université.

Le 23 janvier 2026, l’ensemble des personnels de l’UGA a reçu les vœux du président Y. Lakhnech. Le texte est similaire au discours ânonné par le président le 13 janvier 2026 lors de la cérémonie des vœux. Ce texte est proprement hallucinant. C’est un exemple frappant de l’écart entre le réel et le discours, de celui d’une logocratie. De nombreux travaux en sociologie ont d’ailleurs montré que cet écart est un des signes d’un autoritarisme établi.

Le président de l’UGA ose donc vanter « l’esprit critique », « la liberté académique » alors que dans l’année 2025, il a :

  • censuré une œuvre d’art,
  • attaqué, en mobilisant la commission disciplinaire, un syndicat étudiant d’opposition et sa présidente ; relaxée en cette rentrée 2026
  • requalifié et entrainé le rejet du CA, de la délibération votée par le CAc à une écrasante majorité, qui concernait la « suspension immédiate de tout contrat de collaboration avec des institutions relevant d’États accusés de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité ou ne respectant pas les décisions des instances internationales, comme l’ONU ».
  • refusé (encore!) l’accès aux listes de diffusion vers les personnels à la liste UGA en commun, en tête des votes dans les 3 conseils, et modifié le règlement intérieur pour empêcher la procédure en cours au tribunal administratif d’aboutir ;
  • appuyé sa majorité au conseil d’administration sur un élu d’extrême droite membre du syndicat UNI et candidat RN aux dernières élections législative ;
  • refusé de reconnaitre, à la hauteur de l’investissement en temps, le travail de ceux qui développent cet esprit critique ;
  • considéré toute opinion divergente comme un affront ;
  • refusé la transparence sur de nombreux financements de l’université, dont l’IDEX ;
  • etc, etc, etc. …

Il faut une certaine dose d’aplomb pour oser vanter l’esprit critique et la liberté académique quand, dans le même temps, certains de ses affidés, attaquent très violemment ceux qui la pratique au quotidien.

Pour que chacun puisse se faire une idée, nous citons ci-dessous l’introduction de son discours :

Chères collègues, chers collègues,

Nous nous retrouvons au seuil d’une année nouvelle, dans un monde dont nous percevons chaque jour la complexité et la fragilité. Qu’il s’agisse des tensions géopolitiques qui redéfinissent les équilibres mondiaux, des défis que connaissent le pays et l’Europe ou des enjeux de notre territoire alpin et du changement climatique, le contexte actuel nous impose de la hauteur de vue et de l’engagement.

Face à ces bouleversements, une valeur constitue notre socle commun et notre responsabilité première : la vérité scientifique. À l’heure des doutes et des désinformations, notre institution incarne, depuis sa fondation en 1339, la défense de la liberté académique, de la liberté de chercher, de créer et de transmettre. Notre devise, « Veritas Liberabit » — la vérité rendra libre — n’est pas qu’un héritage du passé ; c’est un engagement quotidien. C’est cette quête de vérité et la rigueur qui la caractérise, qui garantit notre indépendance et notre capacité à éclairer la société.

Depuis 1339, notre université s’inscrit dans une histoire longue : celle d’une institution qui n’est ni un pouvoir, ni un contre-pouvoir partisan, mais un pouvoir de discernement. Notre devise, «Veritas Liberabit », n’est pas un slogan : elle affirme que la connaissance rigoureuse est une condition de la liberté individuelle, du débat démocratique éclairé et de la souveraineté collective.

La vérité scientifique n’est ni une opinion, ni un compromis. Elle n’est pas relative aux intérêts politiques ou économiques du moment. Elle ne se décrète pas, elle se construit selon une méthode exigeante : confrontation des hypothèses, validation par les pairs, transparence des résultats. Les hypothèses de travail peuvent évoluer ; pas la démarche scientifique. C’est ce qui fait la force et la crédibilité de la science.

Renoncer à cette exigence, c’est accepter que les citoyens et les décideurs deviennent vulnérables aux récits simplificateurs, aux manipulations et aux logiques de domination. L’Histoire nous enseigne que lorsque la vérité scientifique recule, la liberté recule avec elle.

Dans cette mission, vous êtes toutes et tous indispensables — enseignants-chercheurs, chercheurs, étudiantes et étudiants, personnels BIATSS, doctorants, ingénieurs, techniciens. L’université ne tient que par l’engagement collectif de celles et ceux qui la font vivre : Vous ! que vous soyez employés par l’UGA, par un établissement-composante ou par un organisme de recherche.

Effectivement, lorsque « la vérité scientifique recule, la liberté recule » et la situation aux USA est à ce titre terrifiante. Il est cependant plus original que celui qui prononce ces mots, soit la cause de ces reculs de la liberté académique.

Au-delà et pendant que le président disserte sur la vérité et l’importance des personnels de l’UGA, il pratique un management autoritaire, agressif, ultra contrôlant voire obsessionnel – sur l’apposition du suffixe UGA au nom des établissements composantes par exemple, pour tenter de cacher son incapacité à consolider le grand établissement -. Il met de cette manière l’ensemble de l’université dans un état de tension majeure, qui, selon nous, présente des risques pour la santé de toutes et tous. Des services se vident (les RI viennent de perdre une dizaine de collaborateurs en quelques semaines). Les dysfonctionnements sont légion et les alertes des personnels atteignent des niveaux alarmants. L’UGA coule de ce management catastrophique qui est bien la seule chose qui ruisselle au sein de notre université.

L’année 2025 a d’ailleurs été marquée par l’ouverture d’une enquête administrative visant le président de l’université. Nous savons que de nombreux témoignages ont été produits lors de cette enquête. Leur nombre et leur diversité montrent, selon nous, la gravité et le caractère systémique des souffrances vécues par plusieurs d’entre nous, personnels de l’université. À ce jour, nous croyons savoir que l’enquête est sur le bureau du ministre et nous espérons qu’elle ne sera pas enterrée.

La présidence pratique également une politique budgétaire parfois très baroque. Le dernier épisode date de la commission recherche du 29 janvier 2026 où les élus devaient se prononcer sur le budget de la recherche. La présentation n’a concerné qu’une partie des sommes (rien sur les fonds IDEX, rien sur les coûts d’infrastructures demandés aux labos) amenant les élus à refuser ce budget pour défaut d’information. Le clou du spectacle est que cet avis de la CR aurait dû être demandé avant le vote au CA qui a pourtant eu lieu plus d’un mois auparavant, en décembre 2025 ; on rêve !

Nous nous posons beaucoup de questions sur la gestion de cet IDEX. Depuis l’automne 2025, UGA en Commun a engagé plusieurs actions pour obtenir une plus grande transparence sur l’allocation des moyens de l’IDEX ainsi que sur les processus de décision attenants. Rappelons à toutes fins utiles qu’il s’agit d’argent public, soumis à des procédures réglementaires dont personne ne peut disposer à sa guise.

L’autosatisfaction du président dans son message de vœux apparaît donc complètement déplacée et hors de propos. On pourrait d’ailleurs s’interroger sur son équipe politique, sur ceux qui acceptent ces dérives autoritaires et cette absence de transparence, sur ceux qui font de la démocratie une question annexe. Certes l’université doit bien fonctionner et certains ont sincèrement pris un rôle pour que « cela fonctionne », mais jusqu’où doit-on accepter que « cela fonctionne » quand tout indique que ce mode de fonctionnement conduit l’université au naufrage. Il nous semble urgent d’arrêter cette machine infernale au risque que les dégâts humains en particulier ne deviennent irréversibles.

En 2026, UGA en commun souhaite construire avec vous un projet pour une université démocratique et transparente pour que cessent dès que possible ces dérives. En 2026 nous souhaitons que tous, nous prenions soin les uns des autres.